Idées

Droite : le temps de l’aggiornamento ?

Article publié le 09 Mai 2012 par geoffrey

On croyait les roses de 1981 définitivement fanées, elles ont retrouvé en ce 6 mai 2012 quelques pétales. La joie était perceptible sur pas mal de faciès dimanche et le fief de François Hollande avait même organisé pour l’occasion une petite sauterie au cours de laquelle les jeunes minettes de Tulle auront pu braver le veto parental pour aller se déhancher sans complexe sur Partenaire particulier. Place de la Bastille, l’ambiance était plus à la réminiscence mitterrandienne, sur fond des symphonies dégoulinantes d’enthousiasme distillées par l’ami Yannick Noah, jamais en retard pour zouker avec ce peuple de France qui le chérit tant.

Le parallèle avec l’élection de François Mitterrand aura ajouté au lyrisme ambiant, ce même François Mitterrand qui n’hésitait pas à prophétiser qu’il n’y aurait après lui plus jamais de grand président. Gageons que celui qui n’était jusqu’alors qu’un second couteau de l’appareil socialiste, noyé dans ses costumes gris et son air débonnaire, aura les épaules assez solides pour porter l’héritage de Tonton. D’ailleurs, le seul enseignement que saurait nous offrir ce saut en arrière de 31 ans est peut-être à aller chercher dans la camp des vaincus, celui de l’UMP. Car comme en 1981, la droite devra sans doute se recomposer et faire face au détricotage à venir de sa principale force politique.

La question se pose avec d’autant plus de force qu’approchent les élections législatives, échéance essentielle pour Marine Le Pen et ses sbires qui, encore enivrés du score du Front National au premier tour de la présidentielle, ne tardaient pas à se féliciter que leur parti soit devenu « le centre de gravité de la vie politique française », n’hésitant pas à prédire une explosion de l’UMP et une recomposition politique autour d’un mouvement décidé à se libérer de la pesante ambiance Action française qui l’a toujours tenu éloigné des batailles démocratiques. La gouache aux relents gentiment xénophobes de papa et ses échauffourées de rue ont laissé place au discours plus mesuré de sa fillette qui ne cache plus ses nouvelles ambitions : s’ériger en première force d’opposition de droite pour les cinq prochaines années.

La droite modérée avait retrouvé un peu d’espace en 2007, en même temps que l’ « extrême-droite » voyait le sien se réduire substantiellement. Le schéma inverse s’est opéré en 2012. Marine Le Pen a fait la nique à Sarkozy et compte désormais en profiter pour envoyer ses troupes assiéger les pupitres un peu trop policés de l’Assemblée Nationale. Face à la poussée frontiste, l’UMP appelle à l’unité jusqu’aux législatives et semble exclure toute alliance avec le FN – mariage auquel la jeune UMP et sa grande sœur du RPR se sont d’ailleurs toujours refusées, Jean-Marie Le Pen ne faisant pas vraiment figure de gendre idéal. A ce titre, ayons l’ambition de conjecturer sur l’avenir de l’UMP et la recomposition semble-t-il inévitable de la droite.

Ces vingt dernières années avaient vu s’atténuer les clivages idéologiques au sein de la droite pour plusieurs raisons : la conversion du RPR au projet européen, la victoire du libéralisme sur l’ancien colbertisme français et la volonté des barons du RPR, Chirac et Juppé, de rassembler autour d’eux les centristes et libéraux qui avaient gagné la bataille des idées, mais ne tenaient pas la distance dans les luttes de pouvoir. En 2002, Chirac avait réussi à fondre RPR et UDF en un parti unique de la droite, l’Union pour la Majorité Présidentielle, qui devait servir de marche-pied à Alain Juppé pour la prochaine présidentielle.

En réalité, les déboires judiciaires de celui que Jacques considérait comme « le meilleur d’entre nous » feront de l’UMP – entre-temps rebaptisée Union pour un Mouvement Populaire – une rampe de lancement à Nicolas Sarkozy, qui réussira en 2007 une habile synthèse à droite : libérale et colbertiste, européenne et patriote. Rassemblant un électorat à la fois populaire et bourgeois, il fera grossir l’UMP de centristes ayant abandonné Bayrou, de socialistes ralliés et de quelques villiéristes. Or, comme le rappelle justement Eric Zemmour, « l’UMP avait pris du poids, pas de la force » (Le Spectacle du Monde, avril 2010) et les résultats du 6 mai semblent avoir porté un coup fatal au parti unique.

Sur le flanc droit du parti, les ex-RPR sont menacés par certains d’entre eux qui seraient tentés de regarder vers Marine Le Pen. En gros, la droite de l’UMP, dont une frange avait déjà pris ses distances dès juillet 2010 en créant au sein du parti, le collectif « Droite populaire » qui tente de revenir à la synthèse qu’avait réalisé le RPR dans les années 80. Une droite soucieuse de l’indépendance nationale et assimilationniste, qui a pour une large partie, montré son désaccord lors du référendum constitutionnel de 2005 sur le projet de Constitution européenne.

Sur son flanc gauche, l’UMP est menacée par les centristes et ex-UDF tentés de se rassembler autour de François Bayrou. Une droite plus « moderne », qui va de Hervé Morin à Alain Juppé en passant par François Fillon, partisane du marché et de l’Europe et dont une partie n’a pas hésité à pester contre la « dérive droitière » de Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux-tours. Si ce rôle semble naturellement échoir à François Bayrou, Dominique de Villepin lui aussi se verrait bien à la tête d’un mouvement modéré et humaniste, qui réunirait les héritiers du gaullisme et de la démocratie-chrétienne. En somme, la reconstitution d’une sorte d’UDF apte à fédérer les centres. N’oublions pas dans la terrible partie d’échecs qui s’annonce, Jean-François Copé, aux ambitions élyséennes déclarées (2017) et qui a fait monter au sein du groupe UMP une jeune garde qui le sert, lui et ses idées modernistes qui ont excellente presse auprès des médias.

A priori, un sacré bordel. En réalité, l’UMP voit seulement revenir la vieille lutte fratricide qui a aiguillé l’histoire de la droite sous la Vème République. Une lutte entre bonapartistes et orléanistes, entre une droite populaire, patriote et étatiste et une droite bourgeoise, libérale et européenne. Nicolas Sarkozy avait réussi en 2007 un mélange détonant fait d’envolées patriotiques promptes à plaire aux plus fidèles des gaullistes, d’un assimilassionnisme républicain et d’un discours sur la sécurité qui aurait charmé même jusque chez les nostalgiques de l’OAS. Comme Chirac avait réconcilié les deux familles de la droite en 1981, Sarkozy a su se placer lui aussi au point d’intersection idéal de ces deux familles si longtemps rivales. Son quinquennat aura suffi à rouvrir la plaie. La droite a mal au crâne.

 

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