Idées

Elections présidentielles : état des lieux de l’entre-deux-tours

Article publié le 23 Avr 2012 par romain

face à face télévisé de l'entre-deux-tours entre Mitterrand et Giscard pendant l'élection présidentielle de 1974

Moins de deux points d’écart entre les deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle. C’est moins que prévu et cela donne un peu de piquant à une élection que l’on avait peut-être annoncée trop tôt pliée d’avance.

Que les choses soient très claires, les conditions restent très favorables à François Hollande qui finira sûrement par l’emporter. Un électorat mélenchoniste très discipliné et la montée d’un puissant anti-sarkozysme dans l’opinion depuis plusieurs mois assurent à François Hollande des réserves supérieures à celles du Président sortant. En deux mots, le candidat du PS va faire le job sans avoir vraiment suscité l’enthousiasme dans une élection qui semble historiquement « facile à négocier » pour la gauche. Pour faire dans la métaphore footballistique, François Hollande a su imposer un véritable catenaccio : s’il n’a fait bander personne, il a su ne prendre aucun risque pour ne pas effriter sa position de leadership dans les sondages.

Il sort en tête, mais les résultats définitifs sont clairs : la France est largement à droite, comme d’habitude. Le constat est récurrent. Lorsque le peuple se déplace massivement aux urnes, c’est à dire uniquement tous les 5 ans pour l’élection présidentielle, il offre majoritairement ses suffrages aux forces conservatrices, le score historique de Marine Le Pen en témoigne. Malgré les accusations habituelles de « fascisme » lancées au FN, les efforts de dédiabolisation engagés par le parti – il fallait tuer le symbole paternel – ont plutôt bien fonctionné. Ca n’était pas la mer à boire pour un FN qui était de toute façon très proche, d’un point de vue strictement programmatique, du courant Seguin-Pasqua de ce bon vieux RPR des années 80. A Paris, bien sûr, il reste du boulot : la percée du Front a buté sur les remparts de la capitale, défendue par des bobos nichés dans leurs miradors.

Plus que jamais, c’est donc la droite nationale qui détient les clés du second tour, malgré l’extrême volatilité de son électorat. N’en déplaise à François Bayrou, croqué par les bénéficiaires de ce que l’on appelle souvent trop vite le « vote contestataire ». La très belle campagne de Jean-Luc Mélenchon a fini comme elle a commencé, par un discours très digne où le chef du Front de Gauche a assuré son soutien au candidat socialiste, incarnant une fois de plus la tradition républicaine dans ce qu’elle a de plus noble. Côté Le Pen, c’est niet, évidemment. Les sondages indiquent que le report de voix frontiste n’est pas majoritairement acquis à Nicolas Sarkozy. Pour qui voteront-ils ?

Le réservoir de voix du FN est un conglomérat très composite : ouvriers, paysans, souverainistes, patriotes, laissés-pour-compte, illuminés, nazillons et autres nostalgiques forment aujourd’hui la troisième « force » politique du paysage électoral français. Cette masse populaire – hétérogène et laissée sans consigne – va être très influencée par le débat télévisé de l’entre-deux-tours, événement politico-médiatique déterminant dans les scrutins présidentiels de la Cinquième. Les deux candidats le savent. Nicolas Sarkozy, enfant de la télé, se sait plus à l’aise que François Hollande en matière de communication politique et se voit bien grappiller des points en s’imposant dans cette joute verbale. Ou plutôt ces joutes verbales, puisque le Président sortant a réclamé la tenue de trois débats, dès l’annonce des résultats du premier tour, dimanche soir. En refusant, – au nom de la coutume républicaine du débat unique – le socialiste risque de passer pour un tire-au-flanc. Cela-dit, c’est toujours mieux que de risquer de subir la triple estocade de son adversaire, mieux rodé à la standardisation de l’image politique et aux rouages de « L’Etat spectacle ».

L’arène politique a toujours été un univers marqué par un sens aigu de la représentation, imprégné d’une forte dose de théâtralité : pour convaincre, il a toujours été question de séduire. D’abord la forme. Au détriment du fond. Surtout quand la cible marketing privilégiée est l’électorat frontiste, particulièrement sensible à l’affrontement viril et à l’usage populiste de la petite phrase. François Hollande sait que son déficit de « stature présidentielle » ne sera jamais compensé par des critiques sur le bilan Sarkozy, aussi pauvre soit-il. Il se contentera donc de faire bonne figure lors de cette épreuve rituelle avec un impératif essentiel en toile de fond : la prudence. Résister aux attaques, ne pas se faire piéger, garder ce flegme mitterrandien qu’il essaye de s’approprier depuis le début de la campagne.

Se défendre et ne pas perdre trop de points, en somme, pour maintenir l’écart de voix qui lui ouvrira les portes de la magistrature suprême le 6 mai prochain.

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