Photographie

Kevin Cooley, Touché Cooley

Article publié le 09 Avr 2012 par olivier

Brooklyn est actuellement un vivier de jeunes talents tout à fait exceptionnel, c’est un fait indéniable. Jugez plutôt, aujourd’hui encore, c’est à New-York que le Pachacamac fait escale. Or cette fois-ci il s’agirait plutôt de pêche au gros avec Kevin Cooley, photographe et artiste californien de 37 ans, que l’on pouvait récemment apercevoir du côté de sa Californie natale dans le cadre de son exposition « Take Refuge » à la Kopeikin Gallery de Los Angeles.

Photographe internationalement reconnu, Kevin Cooley possède une réelle identité visuelle qui suinte au travers de chacune de ses photographies, elles-mêmes toutes détentrices d’une certaine fraction de son être. Si ses instantanés ne ressemblent en rien aux derniers clichés postés par vos amis via « Instagram », c’est parce que M. Cooley y ajoute systématiquement un supplément d’âme qui fait souvent cruellement défaut sur les réseaux sociaux. Les personnages sont rares dans l’art de Kevin Cooley, souvent de dos, très rarement souriants, et irrémédiablement seuls. Le parti pris est très clairement celui du paysage entourant l’homme, urbain ou non, moderne ou vieillissant, mais surtout, et c’est bien là le plus important, toujours empreint d’une certaine froideur. Pas de scènes de liesse ou de démonstrations de joie dans les photographies de Kevin Cooley, mais une beauté pure, comme la neige qu’il aime tant saisir à l’aide de son appareil photo. Il règne un silence froid et pudique sur l’univers photographié par le Californien. Touché.

A l’opposé parfait des paysages californiens, Kevin Cooley s’est trouvé un terrain de jeux qu’il affectionne particulièrement, à tel point que l’on peut parler de véritable pays d’adoption. Cette terre, sauvage et mystérieuse, c’est l’Islande, qu’il photographie et mentionne dans presque chacune de ses expositions, notamment « Iceland » qui lui est entièrement consacrée. Si l’ambiance glaciale de Kevin Cooley peut en rebuter plus d’un, il faut également mentionner cette idée d’une trace effectuée par l’homme au travers de ces paysages souvent immenses, unique source de lumière dans des tableaux sombres. Une lueur d’espoir ? Que ce soit par la silhouette même d’un individu, une lumière artificielle, un fumigène dans la nuit ou les volutes de fumée d’un avion dans un ciel monochrome bleu, il existe l’idée récurrente d’une empreinte humaine chez Cooley. Néanmoins, celle-ci reste discrète, comme pour mieux respecter la contemplation silencieuse qui est la leur. Les individus que photographie l’artiste ne regarderont jamais son objectif. Qu’ont-ils vu de si captivant ? Que peut-il bien se passer de si excitant dans des étendues blanches de neige à perte de vue ? Pas grand chose a priori, et c’est bien cela qui est intéressant dans le travail de Kevin Cooley. Minimaliste dans ses sujets photographiés, il nous force à prendre le temps de la contemplation, à chercher le détail qui n’existe pas.

Dans l’exposition « Take Refuge » qui s’est récemment refermée à Los Angeles, Cooley nous force à nous interroger sur la nature du titre-même, bien moins univoque qu’il n’y paraît. De quoi les personnages mis en scène cherchent-ils vraiment à échapper dans leurs refuges ? S’agit-il des paysages enneigés, vides et au premier abord hostiles, ou au contraire d’un cri de liberté, réel réquisitoire contre la surpopulation des villes et nos constructions sociales modernes ? Quoiqu’il en soit, Kevin Cooley cherche à ériger un périmètre de sécurité autour de ses personnages pour les protéger. La notion de liberté paraît fondamentale tant l’immensité des espaces plaide pour une émancipation réelle de l’individu, en contradiction totale avec les milliers de lumières de la ville qui scintillent au loin. Après tout, ne parle-t-on pas de « réquisitoire de mise en liberté » dans le langage judiciaire ? Cooley.

www.kevincooley.net

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