Idées

La moderne renaissance de la revue d’antan

Article publié le 27 Avr 2012 par damien

La Revue Blanche - Couverture par Toulouse-Lautrec - 1895

Vraiment nouveau, le « mook » ? La question mérite d’être posée et la réponse est loin d’être univoque. Cependant, nous serons d’avis que les revues qui prennent place aujourd’hui dans les rayons de nos librairies (et non de nos kiosques) ne sont en fait qu’une réinterprétation éditoriale de nos bonnes vieilles revues littéraires du tournant des XIXe et XXe siècles. Elles reconsidèrent en effet ce format traditionnel d’écriture qui en faisait à l’époque de véritables institutions littéraires. Et c’est une des raisons pour laquelle l’on ne saurait que trop détourner le lecteur francophile de cet affreux néologisme. En s’attachant vainement à concilier le terme de magazine et de book, ce terme barbare qui n’existe ni chez Shakespeare et encore moins chez Molière, est d’ailleurs d’autant moins justifié qu’il ne s’agit pas là tant d’un magazine mais bien d’une revue au sens noble.

Car leur avenir réside bien dans leur capacité à s’affirmer en tant que revues, dont l’actuelle XXI, la littéraire Feuilleton ou encore Muze la féminine et la piquante Ravages, sont les plus emblématiques. Mais plus qu’une énumération des titres, déjà largement connus depuis quelques années désormais, il s’agit plutôt ici d’y voir la possibilité d’un nouveau souffle dans le paysage littéraire – et journalistique – français, en se plaçant résolument du côté du livre, et non du magazine.

Feuilleton - N°3 - Printemps 2012

Cette nouvelle impulsion est d’abord résolument esthétique. Et force est de constater sur ce point que notre époque prend l’avantage sur les revues publiées à la Belle-Epoque des revues, au siècle passé. Des austères publications où régnaient sans partage le dense imprimé des articles, la revue du XXIe siècle s’est enrichie d’une belle palette de couleurs attrayantes et témoigne d’une réalisation graphique expressément moderne. Et surtout l’on ne se réjouira jamais assez d’avoir réussi à chasser de leurs pages la publicité.

Quant au contenu, à titre personnel et à mon entière discrétion, j’en conviens, Feuilleton, fondée par Adrien Bosc, apparaît sans doute comme la revue la plus aboutie. Au croisement de la littérature et de l’information, sa maquette a tout pour nous séduire. Avec son graphisme travaillé, elle ne se limite pas à de simples « longs » reportages à l’instar de XXI. Au contraire, elle s’attache à se hisser du côté des (Belles) Lettres en publiant aussi des nouvelles – genre à requalifier lui-aussi, mais il s’agit là d’un autre chantier – ainsi que des textes étrangers et des inédits. Le prochain numéro se fait d’ailleurs déjà attendre alors que celui de printemps vient à peine de paraître.

XXI - N°16 - Automne 2011

Vendue en librairie, la revue se conserve comme un livre. Elle ne finit pas froissée, cornée, gribouillée, déchirée ou encore tout simplement jetée à la poubelle comme nombre de nos journaux ou magazines. Le lecteur, fier de son acquisition, la dispose en vue dans sa bibliothèque, aux côtés des plus grands noms. Et surtout il attend. Du moins, il réapprend à ne pas vivre dans la spontanéité et patiente sagement un trimestre durant jusqu’au prochain numéro qui viendra compléter sa collection. Au moment où l’instantané et la rapidité sonnent comme les gages de la modernité, la revue de notre nouveau siècle, comme un défi lancé à notre époque, invite à prendre le temps. Et de conclure qu’il s’agit là de la modernité à l’état originel.

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