Musique

Printemps de Bourges – Live Report

Article publié le 03 Mai 2012 par olivier

King Krule sur la scène du 22EST au Printemps de Bourges

Mardi 24 Avril, Paris – Gare d’Austerlitz 6H55. Il fait gris, les quelques voyageurs arpentant la gare la plus underground de Paris sont tous dans le coltard et nous aussi. On prend notre train en compagnie d’une charmante demoiselle qui manque de peu de faire déféquer son ouaf (comprenez un chien) sur la banquette habituellement réservée aux humains. Ambiance.

Bourges 9H15. Grisaille, la ville est déserte, et en bonus, il pleut. Bon. La météo annonce la pluie pour les cinq jours de festival à venir, il nous faut contenir notre enthousiasme. Nous prenons possession de nos quartiers dans une petite chambre d’hôte et décidons d’aller repérer les lieux en nous baladant dans cette petite bourgade qu’est Bourges. Dix minutes plus tard nous rebroussons chemin, l’ennui et la pluie se faisant de plus en plus intenses. Bref, Bourges ne s’est pas encore réveillé, un peu comme nous.

La fin de soirée approche et nous passons sur le site du festival en lui-même. Une bucolique odeur de graillon nous parvient aux narines quasi-instantanément. Les posters d’Avril Lavigne se vendent (CQFD), le nombre de piercings au mètre carré dépasse celui du nombre de vis chez Monsieur Bricolage : nous sommes bien dans l’ambiance étrangement monotone et lassante des festivals pour jeunes ados en quête d’aventure dont le Printemps de Bourges fait parti.

Mardi et mercredi ne réservent aucune surprise. Hormis Rover et Baxter Dury– qui livrent par ailleurs des live sobres et élégants à l’instar de leur musique –, la programmation est affligeante de médiocrité. On surprend des bribes de conversations dans les allées. « C’était juste com-plé-tement dingue Bénabar ». Circulez, il n’y avait rien à voir lors des deux premiers jours du festival.

Jeudi, il pleut (est-ce encore nécessaire de le souligner ?) et les vendeurs de Kebab tirent des tronches de lascars. Bref, on arrive frais et à l’heure à la scène du 22 Est à 21H30 pétantes pour voir débouler notre rouquin préféré, King Krule aka Zoo Kid. Look de taulard et tête basse, il livre un set aérien et gracieux. Le public reste suspendu aux lèvres du jeune anglais. Cependant, sa voix (qui constitue quand même l’attrait principal de sa musique) est sous-mixée, dommage. Sur la scène jumelle du 22 Ouest située à tout juste 200m, AM & Shawn Lee livrent une prestation des plus décevantes. On se rend compte de l’extrême pauvreté de la voix du chanteur, qui parvient quand même à assurer son moneymaker, « Somebody Like You ».

Willy Moon au 22OUEST durant le Printemps de Bourges

Puis viens Willy Moon, annoncé comme un des événements majeurs du Printemps. Force est de constater que le showman rockabilly ne déçoit pas son monde (très nombreux dans la salle) et fait honneur à sa réputation. Costard blanc pour lui et ambiance Black & White pour ses comparses, le néo zélandais démontre toute sa puissance scénique au cours d’un live sauvage entrecoupé de divers happenings. On note sa reprise de « I Put A Spell On You » de Screaming Jay Hawkins, épatante, quand on sait la voix qu’il faut posséder pour espérer arriver à la cheville d’un des chanteurs les plus fous de la musique noire. Nous n’avons pas le temps de voir King Charles que les londoniens de Spector commencent déjà à rameuter du monde. Tiré à quatre épingles, et armé de son peigne fétiche, le chanteur fait rapidement monter la sauce pour finir par les deux singles de l’album à venir. Un tonitruant « Chevy Thunder » suivi d’un formidable – bien qu’encore trop sentimental – « Grey Shirt & Tie ».

Cette soirée de jeudi qui promettait une bien belle affiche ne déçoit donc pas dans l’ensemble. On retient surtout Willy Moon qui nous a fait forte impression tant dans l’attitude que dans son live très rock, et qui sera l’homme à surveiller de près dans les prochains mois.

Vendredi soir nous nous retrouvons une nouvelle fois au 22 Est avec Kindness pour débuter la soirée. Adam Bainbridge salue la foule dans un français parfait et lâche les chevaux. Accompagné de deux choristes parfois trop proches du timbre de voix de la défunte et ignoble Whitney Houston, c’est pourtant vers son batteur que Bainbridge se retourne le plus souvent. Longue casquette vissée sur le crâne, son métronome est en effet toujours juste dans des sonorités jazz / funk et même disco. La salle est comble, le public en délire, Adam Bainbridge le comprend et se balade d’ailleurs dans la fosse micro en main. Il ne faut pas être devin pour comprendre que Kindness détient tous les arguments pour devenir la grande révélation des mois qui vont venir. Le set se finit trop tôt au goût du public qui en redemande. On booke directement nos billets pour leur prochaine date en France.

Kindness au 22EST durant le Printemps De Bourges

On change de scène pour voir Citizens! nous livrer leur electro-pop un peu niaise dans un live qui manque de rythme. C’est fade, il faudra revenir quand les garçons seront plus au point. Dans l’autre salle, Slagmasklubben fait chauffer les platines de manière bien trop agressive pour de nombreux spectateurs. Le son est rauque mais surtout bien trop bourrin. Skrillex aurait apprécié l’hommage, c’est dire… Déception de la part des norvégiens qui nous avaient habitué à mieux, notamment sur des morceaux comme « Brutal Weapon ». On ne demande pas notre reste d’autant qu’il va falloir jouer des coudes pour voir de plus près Django Django. La température monte d’un cran quand les gallois, tête d’affiche ce soir, arrivent sur scène. Hélas celle-ci retombe aussitôt et l’on regrette de ne pas s’en être tenu à l’écoute de l’album – très bon par ailleurs.  Le batteur manque des temps et le chanteur, déjà faux par moments, n’ose pas monter dans les aigus sur certains choeurs. On reste sur notre faim et nous nous jurons d’écouter leur album éponyme en rentrant.

Django Django au 22 OUEST pendant le Printemps De Bourges

On est déjà Samedi et on est assez sceptiques quant à la prog de cette soirée de clôture. Who Made Who, The Rapture et Gesaffelstein sont les noms les plus alléchants, ce qui fait quand même un peu léger, surtout quand on manque Who Made Who en discutant autour de quelques verres avec un norvégien complétement barré.

Who made Who au Printemps de Bourges

Sans plus attendre, nous nous rendons dans le grand chapiteau du festival pour retrouver The Rapture. Les new-yorkais sont costauds et ça s’entend. Ca joue juste, fort et sans pause. Le set est maîtrisé d’une main de fer, le public secoue ses fesses et on assiste à un bouquet final d’une densité incroyable avec notamment, dans l’ordre, « Whoo! Alright Yeah Uh Huh»« House Of Jealous Lovers », « Sail Away » et pour finir, bien sûr, l’inévitable « How Deep Is Your Love ? » qui fait chavirer de bonheur les quelques 6000 spectateurs présents.

The Rapture au Phénix lors du Printemps de Bourges

On change de salle pour aller voir le dénommé Gesaffelstein,  déjà attablé à ses platines quand nous arrivons. Seul au milieu d’un auditoire attentif, le Dj commence très fort sur un son plutôt nu-rave / nu-disco. Malheureusement le concert va en se dégradant, le son devenant de plus en plus bourrin. Dommage, mais nous sentons bien que jouer dans la configuration d’un festival oriente clairement le choix de set livré par le musicien.

Gesaffelstein au Palais d'Auron lors du Printemps de Bourges

Pour clôturer le festival on choisit Don Rimini pour se marrer un peu, à la place de Birdy Nam Nam qui nous confient être très fatigués : « Ca me casse les couilles de jouer à 2H30 ». Compréhensible. Don Rimini fait danser les kids à base de rythmiques  directement empruntées aux Bloody Beetroots. C’est pauvre, idiot, mais efficace. Tant mieux pour eux, tant pis pour nous.

Dimanche matin, c’est départ. Au moment de faire un petit bilan du Printemps, on se dit que Bourges nous a offert quelques bons lives avec notamment Willy Moon, Kindness ou The Rapture, mais reste un festival inégal en terme de qualité. L’éclectisme de la programmation à ses avantages comme ses inconvénients. Si cette terre d’accueil qu’est le Printemps de Bourges héberge une population très disparate dans la bonne humeur, le manque de cohérence artistique de la programmation casse un peu l’ambiance pendant les concerts. On rentre chez nous épuisés, et heureux de retrouver la civilisation.

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