Style

Sergueï Sviatchenko, l’élégance contemporaine

Article publié le 21 Mar 2012 par romain

Loin d’être un vieux grognard, Sergueï Sviatchenko est le genre de grand-père que l’on souhaiterait avoir pour se faire un peu moins chier pendant les fêtes de Noël.

Né en Ukraine mais installé au Danemark depuis des années, cet architecte de formation propose des créations qui mélangent stylisme, photographie, peinture et art du collage. Si l’artiste se considère comme un touche-à-tout, les vêtements restent sa matière première de prédilection. C’est tout l’objet de son dernier projet très personnel, Close up and Private, un site racé qui commence à bien tourner dans les milieux de la « blogosphère mode ». Savant mélange entre leg des Sixties, modernité des clichés et fraîcheur des attitudes, le site de l’artiste a tapé dans l’œil de pas mal de monde et son travail s’est déjà matérialisé par la tenue de plusieurs expositions.

        

 Quand on demande à Sviatchenko d’expliquer le succès de ce projet, notamment auprès de la jeune génération, il se dit un peu surpris et affirme n’avoir été guidé par aucune volonté de suivre un schéma marketing. A bientôt 60 piges, l’idée n’a jamais été pour notre homme de faire du blog branché. Ça ne l’a pas empêché de faire mouche. Sur l’héritage, beaucoup le cataloguent dans quelque chose de très « preppy ». Sans récuser le terme – il est souvent associé à son travail – on sent chez l’esthète une volonté de revendiquer une filiation plus traditionnelle, celle de la culture mod, née à Londres dans les années 50 et très présente tout au long des années 60 au Royaume-Uni. Sviatchenko ne cesse de faire référence aux Beatles comme sa  principale source d’inspiration. Et malgré sa dégaine de conservateur de Musée, on sent qu’il aurait été le genre de gamin à dévaler l’Upper Richmond Road sur une Lambretta. Tout en gardant un œil sur sa cravate pour éviter qu’elle ne se déforme au vent. Ce qui est sûr, c’est qu’on l’imagine déjà beaucoup moins moisir sur un campus de l’Ivy League en chaussures bateau. Question de tempérament.

 

Sergueï Sviatchenko se contente simplement de photographier un style qui lui plait, et d’y apporter sa touche personnelle (couleurs, cadrage des photos, attitudes). Une partie des tenues que l’on retrouve sur le site est d’ailleurs issue de sa collection personnelle. En proposant à son jeune fils de 20 ans d’enfiler certains de ses vieux vêtements, Sviatchenko défend une idée simple : si l’on considère souvent que la mode vestimentaire est soumise à des courants cycliques, il y a une esthétique classique qui traverse le temps sans broncher. Close up and Private est bien plus qu’un hommage sur papier glacé ; les photographies ne sont pas là pour vous faire regretter un certain âge d’or du style, surtout quand la série Mad Men s’est déjà chargée de vous tirer quelques larmes. Alors certes, Sergueï Sviatchenko est le genre de mec qui vous invite à vérifier si votre montre est bien plate, vintage et dotée d’un bracelet en cuir… Plaisir d’affirmer avec snobisme des codes vestimentaires surannés ? Peut-être. « Devoir » de transmettre un héritage ? Certainement. La qualité et le sens du détail étant pour lui les préalables essentiels à une certaine idée du bon goût. Mais Sergueï Sviatchenko n’est pas particulièrement un adepte du « c’était mieux avant » et ça saute aux yeux lorsque l’on parcourt son site : tout dans ce projet colle parfaitement à l’air du temps.

Honorer une tradition sans susciter la nostalgie. Affirmer des valeurs et les rendre compatibles avec la modernité. C’est tout l’esprit de Close up and Private qui ringardise la querelle des Anciens et des Modernes avec insolence, en exposant une vision très subtile de ce que pourrait être l’élégance contemporaine.

www.closeupandprivate.com

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