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Take Shelter, tempête sous un crâne

Article publié le 03 Avr 2012 par alexis

Michael Shannon dans Take Shelter

Décidément, les films apocalyptiques ont vraiment le vent en poupe en cette année de probable fin du monde. Take Shelter surfe sur cette vague de la peur d’une catastrophe destructrice mais ici, point d’immenses tsunamis qui engloutissent des continents, point de météorites, point d’extraterrestres puisque le cataclysme est intérieur.

Curtis LaForche est un gaillard tout ce qu’il y a de plus commun. Il vit dans le Midwest américain avec sa femme au foyer et sa fille de six ans atteinte de surdité, il est ouvrier sur des chantiers de construction, il paie ses factures, boit des bières avec ses collègues et contemple sa fille dormir lorsqu’il revient saoul de ses virées nocturnes. Oui, Curtis est banal, il respire l’ennui et la routine jusqu’au jour où il commence à avoir des visions nocturnes concernant une énorme tempête qui viendrait détruire sa ville, sa maison, sa famille. Dès lors, il va commencer à perdre le sens des réalités au fur et à mesure que ses cauchemars s’intensifient.

Les cauchemars sont au centre de ce film. Ils commencent par un ciel menaçant, des coups de tonnerre, une pluie huileuse puis viennent les tornades, les bourrasques. Après la nature, tout devient par la suite source de danger mortel pour Curtis : son chien, les habitants pourtant amicaux de sa ville qui s’attaquent à sa fille. Notre personnage va alors se questionner longuement. Est-il atteint de schizophrénie paranoïde comme sa mère ou peut-il vraiment anticiper une catastrophe naturelle à l’aide de ses prémonitions ?

Jessica Chastin et Michael Shannon dans Take Shelter

Peu importe la cause de ses visions, Curtis va se lancer dans une course effrénée contre lui-même pour tenter de sauver sa famille en réaménageant le vieil abri anti-tornades qui gît, inexploité, dans son jardin. Le réalisateur pose une problématique fort intéressante et surtout terriblement actuelle : comment la peur peut-elle influencer nos comportements au quotidien ? Parce que le thème principal du film est bien la peur. La peur de perdre sa famille et tout ce que l’on possède, la peur d’un évènement qui peut hypothétiquement nous frapper de plein fouet. Et c’est cette terreur qui va transformer radicalement le personnage de Curtis, le faisant passer d’un extrême à un autre. Elle va le phagocyter petit à petit, le coupant de toutes ses attaches sociales et professionnelles.

Grâce à une mise en scène efficace, Jeff Nichols navigue avec brio entre réalité et hallucination. Les scènes de cauchemar se confondent avec celles de la vie courante pour montrer au spectateur ce que ressent profondément le personnage de Curtis. Les scènes d’ouverture et de fermeture sont tout simplement intenses et déroutantes. Bref, ce jeune réalisateur de 34 ans a du talent.

Michael Shannon – qui interprète le rôle de Curtis LaForche – porte littéralement le film sur ses épaules, il est comme habité et il faut avouer que le voir sombrer dans la folie se révèle assez jouissif. Mention spéciale à l’actrice montante Jessica Chastin qui incarne Samantha, l’épouse de Curtis, mère au foyer désœuvrée par le bouleversement comportemental de son mari. Elle symbolise, avec sa fille, l’innocence de personnes coupées du monde extérieur, sous la protection de son mari, véritable rempart contre les dangers extérieurs.

Mais le protecteur n’est-il pas le plus dangereux ?

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